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Le tatouage

Pour la première fois de sa vie, elle poussa la porte de la boutique du tatoueur avec dans la main le dessin de ce qu’elle voulait absolument se faire tatouer dans le haut du dos, l’endroit le plus parfait à son avis.

Marc la regarda entrer, subjugué par sa beauté et sa féminité. Elle était magnifique ! Dès qu’elle pénétra dans le magasin, une douce chaleur se répandit autour d’elle. Sans un mot elle lui tendit la feuille sur laquelle elle avait dessiné un magnifique zodiaque au centre duquel rayonnait un Soleil d’or. Le tatoueur la regarda avec un sourire :

– Vous voulez ça dans le dos ?

– Oui, vous pouvez le faire ? demanda-t-elle sans tenir compte du sourire.

– Oui, bien sûr, mais ça va prendre du temps… et de l’argent…

– Je sais, j’ai de quoi payer.

– Ok, on va prendre rendez-vous alors. Il se tourna vers l’ordinateur et une pensée aussi rapide qu’un éclair lui traversa l’esprit ; comme à regret il pensa qu’il était dommage qu’elle puisse payer, il aurait préféré qu’elle le règle en nature. Elle n’attendit pas qu’il lui propose une date, elle enchaîna :

– Maintenant, c’est possible ?

– Euh ! Il est déjà tard et…

– Ok, alors salut ! dit-elle en tournant les talons dans une spirale lumineuse et chaude.

– Non, attendez, peu importe l’heure, je vous le fais, restez. Ouf ! Il ne savait pas trop pourquoi, mais il ne voulait pas qu’elle parte.

Sans un mot, elle se dévêtit et s’installa avec souplesse sur la table pendant qu’il préparait son matériel, le cœur battant la chamade. Marc la trouvait bizarre, mais tellement séduisante, tellement hors-norme, elle tournait en sens inverse de toutes celles qu’il avait connues jusque-là.

Les bruits de la rue s’éteignirent lentement, suivis de près par les lampadaires municipaux. L’obscurité aurait dû régner dans la boutique aussi, mais la chaleur lumineuse de cette femme exceptionnelle et mystérieuse éclairait les alentours comme en plein jour. Les heures se succédaient, entrecoupées de quelques paroles sans importance, Marc ne fatiguait pas, elle ne se plaignait pas, ne bougeait pas. Cette nuit fut la plus merveilleuse de la vie de Marc.

– J’ai presque terminé, dit-il au petit matin, ce tatouage sera le plus beau que j’ai jamais fait ! Je ne connais pas grand-chose aux planètes, mais, pour le cas où ce serait important pour vous, je vous signale que vous avez oublié de dessiner Vénus sur votre papier.

– Non, je n’ai rien oublié.

– Ah, alors est-ce que je peux savoir pourquoi vous n’avez pas dessiné Vénus sur le tatouage ?

– Parce que je suis Vénus !

Marc éclata de rire.

– Elle est bonne celle-là ! Ok, vous êtes charmante, mais s’il-vous-plaît, ne recommencez pas parce que si je ris trop je risque de vous blesser… Il plongea son regard dans le sien et se sentir happé au fond d’un trou noir.

– Je ne plaisante pas : Je suis Vénus. Et elle se mit à scintiller de tous ses feux. Dans une chaleur soudain étouffante, elle tournoya sur elle-même telle une toupie lumineuse, éjectant des étincelles éblouissantes tout autour.

Marc se recula brusquement, saisi de peur, sans quitter Vénus des yeux. La planète, dans une gerbe de flammèches incandescentes, disparut sur le dos d’une étoile filante. Avait-il rêvé, imaginé, espéré ? Non, le dessin encore chaud dans la main, il regarda disparaître le point lumineux dans le dans le ciel… et il sut que jamais il ne pourrait aimer une autre femme.

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